Et si Starbucks était responsable des attentats de Paris ?

Avant de me lancer des pierres (et avant que je me lance dans des sujets moins marrants), sachez que cette question débile est ce qui ressort en substance d’un article écrit par Thomas Clerc sur le site de Libération. Sachez au passage qu’il s’agit d’une chronique, ça n’a rien à voir avec le journal lui-même, la seule responsabilité de Libération étant de l’héberger (et vu le niveau de connerie atteint, c’est déjà assez énorme, pour le coup). Bref, allons-y…

J’ose espérer que vous avez lu l’article avec le lien plus haut et il faut admettre, pour commencer, qu’il y a là-dedans des idées qui mériteraient d’être explorées en détail, et avec lesquelles je suis relativement d’accord selon les cas. Donc, commençons par ce qu’il y a de bien, voulez-vous ?
Pour commencer, oui, une société établie en France devrait payer des impôts en France. C’est quand même assez basique, et il serait temps de prendre des mesures contre l’optimisation et l’évasion fiscales (le premier mot étant juste une version jolie du second, hein), d’autant qu’il s’agit de la première fraude monétaire dans le pays, et qu’elle est particulièrement appréciée de notre chère classe politique qui aime tant donner des leçons aux salauds de pauvres que nous sommes (comme proposer de traquer les fraudeurs au RSA en cachant son argent en Suisse, par exemple…).
Par voie de conséquence, ceci entraînerait plus de revenus pour l’État, et donc plus de moyens pour lutter contre le terrorisme ou mener les politiques sociales (si ça existe encore…), ou bien d’autres choses encore. Nous sommes tous, je pense, tout à fait d’accord sur cette idée.

Le souci, c’est que Thomas Clerc s’éloigne bien vite de cette idée de base pour la noyer dans un joyeux bordel de conneries en tout genre et sans aucun rapport avec le sujet traité à l’origine. En fait, j’aurais presque mieux compris si son article s’était appelé « Je hais la mondialisation et ceux qui en profitent ! », je trouve ça beaucoup plus adapté. Surtout avec une entête comme « Contre McDonald’s, Starbucks, Costa… ces chaînes multinationales standardisées qui ne paient pas d’impôts et transforment nos villes en espaces mondialisés ».

Le premier paragraphe donne déjà le ton.

« Les attentats du 13 Novembre ont frappé des cafés qui font le charme d’une ville, mais des cafés lambda, non mondialisés, qui ont encore un nom propre : la Belle Equipe (en référence au film de Julien Duvivier, 1936), le Carillon (où la Joconde fut cachée par son voleur en 1911), la Bonne Bière (et son nom désormais empreint d’une ironie tragique). »

On entre de plein fouet dans une réflexion de type passéiste. Bon, après tout, pourquoi pas ? Je ne suis pas du genre à dire que c’était mieux avant, mais un petit café non franchisé a sans aucun doute plus de charme dans son ambiance et son architecture (pas dans ses prix, hein…) qu’une grosse chaîne où chaque bâtiment se ressemble. Soit. Mais était-il vraiment nécessaire de nous dire que Starbucks « fait pousser des boutiques à la vitesse d’une acné juvénile, et qu’apprécient du reste des jeunes qui ne sont pas les mêmes que ceux qu’on a massacrés » et que « les gens qui fréquentaient les Starbucks étaient d’une intelligence inférieure à la moyenne » ?
Sérieusement ? Thomas Clerc, dis-moi, qui es-tu pour dire que les victimes ne fréquentaient pas les Starbucks ou autres chaînes? Tu les connaissais toutes personnellement ? Tu es un devin ? Et puis, le coup que la clientèle est inférieure à la moyenne… Woh ! Superbe mépris de classe, hein. Crois-tu vraiment sincèrement que la façon dont tu mènes ta vie est supérieure à celle de ceux qui vont dans ces chaînes ? Que tu vaux mieux qu’eux et que ce sont des débiles profonds ? Je parie que tu t’imagines que les clients sont tous la caricature du vil étudiant (et encore, ça suppose que, dans ta tête, ils arrivent à atteindre ce stade, ce qui me semble déjà douteux…) qui passe son temps sur Facebook sans rien lire ou visionner qui dépasse le niveau d’un Fast & Furious (désolé pour les fans, je prends le premier titre de film un peu idiot qui me vient à l’esprit, en admettant volontiers que j’aime bien au moins le premier quand même) ? Ton petit esprit étriqué doit rendre ta vie bien pénible…

Tu nous dis aussi ceci : « lorsque j’endosse mon rôle de performeur occasionnel, c’est-à-dire lorsque je demande aux gens attablés aux terrasses d’un Starbucks s’ils savent que Starbucks les lèse, que Starbucks tue le café d’en face ou que Starbucks défigure la rue Montorgueil qui était autrefois une rue typique et qui est à présent une rue pittoresque-mondialisée, aucun des nombreux consommateurs ne semble s’intéresser à ce que je leur raconte ».
Et ça te surprend ? Attends, tu viens emmerder les gens qui sont tranquillement à boire leur café et tu t’étonnes que tout le monde s’en foute ? Ils veulent juste se détendre tout en travaillant, lisant, ou simplement être entre amis, et tu viens leur prendre la tête, je me dis que c’est logique qu’on te dise d’aller te faire voir ailleurs. Il y a un temps et un espace pour tout et aller voir des gens totalement au hasard pour leur balancer ça à la figure ne donne pas envie de suivre la conversation ; à plus forte raison quand tu t’imposes dans leur petite bulle personnelle formée par leur table. Mais plutôt que tirer cette simple conclusion, tu préfères te sentir conforté parce que ce sont « des gens anecdotiques qui ne font pas le lien entre les impôts, Starbucks et la situation mondiale – des gens que Sartre appelait des «individus, des garçons sans importance collective», ce pourquoi j’ai dit qu’ils étaient d’une intelligence moindre. Boire un café, ce n’est pas juste boire un café. »
Ce snobisme, cette sensation d’être supérieur parce qu’on en arrive à analyser le simple acte de boire un café à une terrasse, c’est… C’est superbe de mépris et de complexe de supériorité.

La suite reprend bien, renouant avec l’idée citée au départ, jusqu’à ce sommet de n’importe quoi où tu nous expliques qu’on ne peut pas lutter contre Daech « parce que Daech est financé par de richissimes Saoudiens, et parce que ses ressources propres sont taries par des sociétés richissimes comme Starbucks – c’est curieux ils arborent les mêmes couleurs vertes et blanches. ». Sublime !
Alors, oui, les relations entre Daech et les états arabes (Arabie Saoudite, Qatar, Émirats Arabes Unis…) sont troubles et méritent qu’on s’y intéresse de près. Mais réussir à relier Starbucks à Daech via l’Arabie Saoudite par les couleurs de l’enseigne et du drapeau saoudien… Tu forces ta charge, Thomas, et ça se sent.

On revient un peu sur l’idée de base, avant de finir sur… un appel au boycott !
Sérieusement ? Tu as été refoulé à l’entrée d’un Starbucks, en fait, c’est tout ? Parce que, finalement, tout ça n’est qu’une longue lettre de haine à leur égard, et à celui de leurs client. Un beau ramassis de conneries passéistes réacs, avec un beau mépris de classe derrière, juste parce que tu regrettes le « bon vieux temps »… Dommage, tu tenais une bonne idée avant de t’égarer là-dedans.

PS : Au fait, l’appel au boycott est illégal en France. Tu fais ce que tu veux personnellement, mais le demander des autres, non.

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2 réflexions sur “Et si Starbucks était responsable des attentats de Paris ?

  1. Je suis peut-être une conne passéiste et réac’ mais je partage certains aspects de la chronique de Libération. J’ai une sainte horreur des Starbucks, de leurs bâtiments moches et envahissants — oui, ils poussent partout, je confirme —, du fait qu’ils fassent payer une blinde un café dégueulasse et qu’ils ne paient pas leurs impôts dans les endroits où ils s’installent parce qu’ils se mettent en travers de la loi. Je suis également d’accord avec l’aspect mondialisant, cette globalisation infecte où tout le monde doit s’habiller pareil, aller aux mêmes endroits, parler un franglais infect parce que c’est so fashion… c’est nuisible à une culture et à une originalité, le tout sans parti-prix politique de ma part.

    Après, bien évidemment, ce rapprochement avec Daech est aussi stupide que capilotracté, l’auteur n’a pas à faire de généralisation sur la clientèle du Starbucks qui est aussi variée que partout ailleurs et que Monsieur Clerc tue son propre propos en s’adressant ainsi aux gens. Je persiste cela étant à être d’accord avec certains de ses propos même s’il aurait pu, en effet, les exprimer autrement.

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    1. Je suis tout à fait d’accord que tout n’est pas à jeter, il a juste noyé les points intéressants sous un ramassis de conneries 🙂
      Par contre, ce que tu dis de la mondialisation, ça, hors économie, c’est surtout des attitudes de parfaits abrutis qui aiment bien jouer les moutons.

      Si ça leur plaît, tant mieux, mais en effet, l’originalité est mise à mal.

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