Brexit : Une chance pour l’Union ?

Bien, nous le savons tous, l’info la plus importante de ces derniers jours, le gros séisme  politique du moment, nous vient droit de ce cher Royaume-Uni, qui vient de tout simplement voter à une légère majorité (51.9%) la sortie de l’Union Européenne ! Une situation certes prévue par les traités, mais encore totalement inédite à ce jour. La Grèce a été proche d’une exclusion forcée, mais on parle ici d’une sortie voulue, proposée par le gouvernement et décidée par le peuple.

D’abord, il convient de saluer que David Cameron a acté la décision et enverra la notification due, et a également compris le camouflet politique que cela représente pour lui en démissionnant. On respecte la volonté du peuple et on comprend le message, la classe anglaise, loin de notre classe politique française qui s’entête jusqu’à foncer dans le mur (cherchez un exemple vous-mêmes, on en trouve par dizaines sans problème).
Ensuite, passons sur le ridicule quant à la raison pour laquelle ce référendum a été proposé (en gros, Cameron voulait faire taire l’extrême droite et se conforter un peu en acceptant ce référendum qu’il pensait gagné d’avance) et sur celui de certains votants en faveur de la sortie… Pour résumer, ils ont voté en faveur du « Leave » parce qu’ils pensaient que c’était joué d’avance et que leurs votes auraient peu de poids. Imaginez qu’on fasse le même genre de raisonnement aux présidentielles, tiens…

Bref, inutile d’en dire plus, de même qu’il est inutile d’insister sur le fait que ce vote a été majoritairement décidé par une ancienne génération et des idées racistes, l’extrême droite s’étant évidemment faite fer de lance du « Leave ». D’autant qu’une tendance majoritaire n’est qu’une tendance et qu’il y a bien d’autres âges et raisons derrière ce vote. Cette sortie sera-t-elle un désastre ? Pour le Royaume-Uni, sans doute à court terme. Le pays n’est toutefois pas la Grèce, il devrait se relever assez vite des conséquences économiques (d’autant plus que l’Union va proposer un régime spécial, à l’image de la Suisse ou la Norvège, les relations ne vont pas se couper). Et puis, il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni dans l’Union, ça a souvent été « On prend ce qui nous arrange, démerdez-vous avec le reste sans nous ! ».
Un désastre tout relatif, donc. Cela dit, le contrecoup politique, lui, risque d’être plus rude, avec Boris Johnson (Parti Conservateur) et UKIP aux aguets. La montée nationaliste est un problème dans toute l’Europe, et cette sortie ne va pas l’arranger. De plus, l’Écosse (en faveur du « Remain ») est prête à retenter sa chance avec l’indépendance, et l’Irlande du Nord (également en faveur du « Remain ») est prête à se rapprocher de Dublin et réunifier le pays ! L’éclatement total du Royaume-Uni est donc là une conséquence potentielle de ce vote… Mais nous ne sommes pas là pour ça, donc.

Dans tous les cas, se limiter à ces deux facteurs (les personnes plus âgées et les idées de l’extrême droite) pour expliquer ce vote serait très réducteur. L’issue du référendum est en effet la conséquence directe de tous les reproches auxquels l’Union est restée sourde depuis des années. D’une fédération économique et sociale, l’Union est en effet lentement devenue (ou a tenté de devenir) un véritable État fédéral, à l’image des États-Unis, avec Bruxelles qui deviendrait donc l’équivalent de Washington. Une idée qui était de base vouée à l’échec et qui n’a cessé de faire monter les mécontentements envers l’Union à mesure que les années passaient.
En effet, si les États-Unis ont été pensés et bâtis comme un seul État, fait de provinces relativement indépendantes, l’Union Européenne, elle, a été conçue comme une réunion de plusieurs États qui, par proximité géographique et culturelle, ont décidé de s’associer pour faciliter les transactions et le passage des personnes entre eux. Quand l’Union a décidé de devenir un organisme politique au-dessus de ces souverainetés nationales, tentant (vainement, donc) d’imposer des normes et lois communes à tous (quelques-unes étant toutefois de bonnes idées, mais elles sont rares), et passant parfois en force pour faire appliquer sa loi, nous n’avons plus eu le sentiment d’être face à une belle association destinée à faciliter un peu la vie de tout le monde ; on a plutôt commencé à avoir l’impression d’une véritable mafia, pratiquant à grande échelle ce que l’on voyait déjà dans chacun des pays concernés. À savoir une classe politique convaincue d’avoir toujours raison, et sourde à toute remarque, imposant ses lois parce que c’est dans l’ordre des choses, sans que personne ait son mot à dire.

De là, comment les députés européens pouvaient-ils imaginer que ça allait se passer ? Personne n’aime voir la classe politique agir en conquérante despote, et l’Union ne fait pas exception à ce fait.
L’Union Européenne est en soi une belle et bonne idée. Sauf qu’elle a fait trop souvent n’importe quoi et est souvent allée trop loin, à l’image d’une gigantesque créature de Frankenstein qui échappe à ses créateurs. Que pouvait-elle donc inspirer d’autre, à terme, que la méfiance (au mieux) ou le rejet complet (au pire) ?

Ce vote n’a finalement rien de bien surprenant, il ne fait que concrétiser ces faits. La différence, c’est que, cette fois, l’Union est à l’écoute. Quand on se contente de frapper un peu à la porte en parlant à travers, elle reste sourde. Mais que l’un de ses membres claque la porte ainsi, et elle réagit. Bien sûr, il est bien triste qu’il faille attendre ceci pour avoir une réaction, mais maintenant qu’elle est là, c’est peut-être finalement pour le mieux que le Royaume-Uni s’en va.
Car l’Union Européenne est désormais devant les conséquences de ses choix, et doit en tirer des conclusions. S’ils étaient restés, rien n’aurait pu changer, tout le monde se serait dit « On s’est fait peur pour rien, reprenons nos petites vies comme avant sans nous poser de questions ». C’est l’occasion ou jamais de justement tout remettre en question et tout faire pour redonner à l’Union un rôle à sa mesure, loin de l’hydre politique qui tente d’avaler les souverainetés une à une. Si elle se contente de durcir le ton et serrer la vis envers le Royaume-Uni pour lui faire payer son départ et servir d’exemple aux autres, alors, tout cela n’aura servi qu’à conforter les volontés de départ un peu partout. Si elle peut enfin se remettre en question et s’améliorer, peut-être alors pourrons-nous enfin accéder un jour à ce rêve européen toujours si utopique malgré les siècles…

On ne peut guère qu’espérer que les choses se passeront de la meilleure façon possible. L’Union est loin d’être parfaite, mais on peut encore la changer. Si cela n’arrive pas, alors, oui, peut-être que la destruction lente, bien que peu souhaitable, sera la meilleure (la seule) option qu’il restera aux divers pays pour faire entendre leur voix…

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