De la domination des valeurs de droite

Aujourd’hui se déroulait à Paris, place du Trocadéro, une manifestation en soutien à François Fillon face à ses démêlés avec la justice. S’il y a déjà beaucoup à dire sur une manifestation qui vient cracher sur le travail des juges et de la police (même si tout cela est parfois critiquable, n est bien d’accord) à l’invitation d’un candidat à la présidentielle (et ses soutiens « légèrement » douteux) qui se dit avoir des valeurs républicaines et gaullistes, et exigeait encore récemment une justice ferme et rapide (« étrangement », ce n’est pas le même son de cloche quand ça lui tombe dessus, même chose côté FN), je ne suis pas là aujourd’hui pour vous parler de ça.
D’abord parce que je n’aime pas tirer sur l’ambulance (j’ai entendu un narquois « Menteur ! » dans la salle, ou j’ai rêvé ?), et ensuite, parce que je trouve que ceci est définitivement révélateur d’un mal beaucoup plus profond.

Si vous vous souvenez de mon dernier article, j’y disais que je suis le premier à admettre qu’on vit dans un pays où les valeurs de droite sont bien ancrées. Mais, plus que bien ancrées et assez acceptées, elles dominent très largement, et cela depuis fort longtemps.
Cela ne fait jamais que quelques siècles que les classes politiques ont à peu près toujours les mêmes caractéristiques : l’amour de l’argent, un certain conservatisme social et politique (pas question que du changement arrive, ça mettrait en danger leur statut), un mépris du peuple plus ou moins flagrant accompagné d’une tendance à en faire de parfaits imbéciles, le rejet des différences et de tout ce qui sort du modèle social accepté…
On retrouve toutes ces caractéristiques dans bon nombre de régimes politiques dans l’Histoire de France, et, oui, ce sont majoritairement celles de la droite (ne vous en faites pas, on doit pouvoir trouver pas mal d’élus dits de gauche qui correspondent aussi à ça, même si ce ne sont pas les valeurs de base et que la gauche populaire le prouve sans cesse). Ce n’est pas pour rien, finalement, que le PS n’est arrivé au bout d’une élection que deux fois dans l’histoire de la Ve République (et on préférera oublier 90% de la seconde… Déjà qu’il y aurait des choses à dire aussi sur la première…), laissant la place aux grands partis de droite le reste du temps (et le terrain médiatique avec, ainsi qu’à l’extrême droite). Ce n’est pas pour rien non plus que l’on a assassiné Jean Jaurès (fondateur du Parti Socialiste, d’ailleurs, et il doit bien se retourner dans sa tombe depuis quelques années), ou que les propos de gauche passent pour des propos de faiblesse, de soumission, de naïveté, ou que sais-je encore…

Non, à ce stade, l’échec des valeurs de gauche en France n’est pas juste un problème de propos et de communication des partis, ou même l’incompétence et la bêtise de leurs élus. Si ce n’était que ça, j’aime à croire que l’on aurait vu plus souvent un parti de gauche au pouvoir, que ça serait mieux partagé entre les deux grandes tendances.
Il s’agit bien d’un problème de fond : on vit selon des valeurs de droite depuis tellement longtemps dans les sociétés occidentales que beaucoup ne peuvent pas envisager une seule seconde que l’on puisse parler politique et en faire sans passer par les cases confrontation sociale, austérité, fraude fiscale et autres délits financiers, conservatisme et nationalisme plus ou moins prononcés, etc…
Il s’agit réellement d’un problème de configuration sociale et politique depuis bien longtemps et, bien sûr, toute idée de changement face à quelque chose qui est là depuis bien des générations rencontre une forte résistance.

On nous a appris depuis des siècles, via les classes dominantes, la haine du peuple et le culte des politiciens et dirigeants, quoi qu’ils fassent (n’oublions pas que la monarchie était un culte de la personnalité, notamment sous Louis XIV, et que le Premier Empire, qui en reprenait bien des codes, ce n’est pas si vieux que ça par rapport à notre Histoire…). Comme toute haine socialement apprise et intégrée depuis bien longtemps (racisme, sexisme, et d’autres entrant aussi dans cette catégorie), nous n’arrivons pas à nous en débarrasser, malgré les efforts d’une poignée. Et voilà comment, en ce 5 mars 2017, nous nous retrouvons à voir quelques milliers de personnes crier à l’acharnement judiciaire contre François Fillon (Marine Le Pen restant dans sa ligne habituelle, à savoir « Je vous emmerde, j’ai juste à compter sur mes électeurs pour boire mes théories de complot contre moi ! »), de plus en plus acculé par l’enquête sur les emplois fictifs de son entourage, à cracher contre la police, la justice, etc, avec en première ligne des noms aussi « illustres » que Frigide Barjot, La Manif pour Tous, Sens Commun, Christine Boutin (oui, 4 jours après avoir appelé à son retrait, elle le soutient), Christophe Barbier, Charles Beigbeder, Eric Ciotti, et j’en passe.
Voilà comment on s’est retrouvés dans une société gérée par des personnes qui gagnent entre 10 et 100 000€ par mois en disant à celles qui en gagnent 1500 que le problème vient de ceux qui se battent avec 400 ou 500€ d’aides sociales mensuelles. Comment on a vu revenir en force les homophobes et extrémistes au point que la Manif pour Tous est devenue un parti politique (principalement pour que ses chers partisans échappent à l’impôt, mais bref). Comment on a une justice et des entreprises qui sont fermes avec le petit peuple (un SDF qui vole parce qu’il a faim ? Prison ferme ! Une caissière qui fait une erreur de 2€ ? Renvoyée !) pendant qu’elles lèchent les bottes des élus (un ancien ministre reconnu coupable de détournements et corruption en exercice ? Petite amende qui ne représente pas le quart de ses détournements. Un sénateur condamné pour fraude ? 5 ans d’inéligibilité… Mais reste en poste au Sénat. Et la liste est longue).

Désolant, n’est-ce pas ? Certes. Mais logique, acquis au fil du temps. Et il en faudra sans doute au moins autant pour se débarrasser de ces sales habitudes, quand on voit le traitement médiatique réservé à Jean-Luc Mélenchon (et je suis loin de le suivre) ou comment une frange du PS qualifie le discours de Benoît Hamon (qui redonne un peu de couleur rouge de gauche au PS, même l’inclusion de proches de Valls et du pouvoir actuel a de quoi faire peur…) de « gauche radicalisée »…
Oui, nous en sommes au point où être de gauche (et pas la gauche PS actuelle, donc) vaut d’être qualifiée d’extrémiste. Et c’est malheureusement tristement dans la logique continuité de ce qu’on a connu depuis longtemps…

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